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Investir à la BRVM depuis la diaspora : le guide pratique

Ouvrir un compte depuis l’étranger, le créditer, gérer le change et la double fiscalité, éviter les arnaques ciblées sur la diaspora. Comment s'y prendre ?

La Rédaction ZOOM BOURSE

6 min de lecture

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Vous vivez à Paris, Montréal, Dubaï ou Londres, et vous voulez placer une partie de votre épargne dans l’économie de votre pays d’origine. C’est possible, légal, et beaucoup le font déjà. Ce parcours comporte quatre obstacles spécifiques que personne ne vous expliquera à l’avance.

Oui, c’est possible (sous conditions)

Rien n’interdit à un non-résident d’ouvrir un compte-titres auprès d’une SGI et d’investir à la BRVM. La difficulté n’est pas juridique mais opérationnelle. Toutes les SGI n’ont pas organisé leur activité pour traiter des clients à distance.

Première question à poser, avant même de parler de frais : « acceptez-vous les résidents de tel pays, et comment se déroule alors l’ouverture ? » Une réponse floue doit vous mettre la puce à l'oreille.

Étape 1 : Trouver une SGI qui accepte les non-résidents

Toutes les SGI ne proposent pas les mêmes services aux investisseurs établis à l’étranger. Avant de choisir un intermédiaire, vérifiez qu’il peut répondre à vos besoins pratiques et faciliter vos opérations à distance :

  • L’ouverture à distance est-elle possible, ou faut-il un déplacement lors d’un séjour au pays ?

  • Quelles pièces supplémentaires sont demandées à un non-résident ?

  • Les ordres peuvent-ils être transmis à distance, et par quel canal formalisé ?

  • Les virements internationaux entrants sont-ils acceptés, et sur quel compte ?

  • Comment les dividendes sont-ils versés, et peuvent-ils être rapatriés ?

Vérifiez l’agrément auprès de l’AMF-UMOA avant tout envoi de fonds. Cette précaution vaut pour tout le monde. Elle est doublement utile quand on est à des milliers de kilomètres et qu’on ne peut pas se rendre à l’agence.

Étape 2 : Le dossier, version diaspora

Pour éviter les allers-retours administratifs, mieux vaut préparer votre dossier avant même de contacter la SGI. Les pièces demandées varient selon l’établissement et le pays de résidence, mais certains documents reviennent fréquemment :

  • Pièce d’identité en cours de validité, et, souvent, une copie certifiée conforme ;

  • Justificatif de résidence à l’étranger récent ;

  • Justificatif bancaire du compte depuis lequel les fonds seront envoyés ;

  • Selon les cas, un document fiscal du pays de résidence ou un numéro d’identification ;

  • La convention de compte signée, parfois avec légalisation de signature.

Les exigences de connaissance du client sont renforcées pour les non-résidents. Ce n’est pas de la défiance. Il s'agit plutôt de la contrepartie normale d’une relation à distance, et c’est aussi ce qui protège votre compte.

Étape 3 : Faire arriver l’argent

Le virement bancaire international constitue la voie normale. Elle est traçable, et laisse une preuve. C’est exactement ce que la SGI doit pouvoir documenter. Prévoyez des frais d’émission, parfois des frais de réception, et un délai de quelques jours.

Évitez les circuits informels, aussi tentants soient-ils : sans trace bancaire de l’origine des fonds, votre dossier restera bloqué, et vous n’aurez aucun recours si l’argent se perd en chemin.

La question du change

Le franc CFA d’Afrique de l’Ouest est lié à l’euro par une parité fixe : un euro vaut 655,957 FCFA. Cette caractéristique structurelle a des conséquences très concrètes selon d’où vous envoyez l’argent :

  • Depuis la zone euro : aucun risque de change. Le montant converti est connu à l’avance, aux frais bancaires près ;

  • Depuis le dollar, la livre, le dirham, le dollar canadien : votre risque de change est celui de votre monnaie contre l’euro, puisque le FCFA suit l’euro ;

  • Au retour : la même parité s’applique quand vous rapatriez dividendes ou produits de cession.

Autrement dit : un portefeuille BRVM est mono-devise, quels que soient les huit pays représentés. C’est un avantage considérable par rapport à un investissement dispersé sur plusieurs marchés africains à monnaies distinctes.

Étape 4 : La fiscalité, potentiellement double

Les dividendes supportent l’IRVM prélevé à la source dans le pays de la société. Il équivaut à 10 % pour les actions cotées de la zone. Cette retenue est faite avant que l’argent n’arrive sur votre compte : vous n’avez aucune démarche à faire pour elle.

Ensuite, votre pays de résidence peut à son tour imposer ces revenus, avec ou sans mécanisme d’élimination de la double imposition selon qu’une convention fiscale existe et ce qu’elle prévoit. C’est le point du parcours où nous vous demandons expressément de ne pas nous croire sur parole.Faites vérifier votre situation par un conseil fiscal de votre pays de résidence. Les règles diffèrent d’un pays à l’autre et évoluent.

Sur la fiscalité d’un non-résident, le seul conseil universel est celui-ci : faites-la vérifier, par écrit, avant d’investir.

Étape 5 : Gérer à distance

Une fois votre compte ouvert et approvisionné, vous devez pouvoir suivre vos investissements et transmettre vos ordres sans dépendre de votre présence physique dans l’espace UEMOA. Quelques précautions permettent de sécuriser cette gestion à distance :

  • Formalisez chaque ordre par écrit : courriel signé, formulaire, application. Le téléphone seul se prête mal à la preuve ;

  • Tenez compte du décalage horaire : un ordre envoyé après la clôture partira à la séance suivante ;

  • Exigez un reporting régulier : avis d’opéré et relevé de portefeuille, archivés de votre côté ;

  • Envisagez une procuration au bénéfice d’un proche de confiance, encadrée par écrit, pour les démarches en agence.

Anticiper la succession

Un portefeuille détenu dans un pays où l’on ne réside pas se transmet mal quand personne n’en connaît l’existence. Informez au moins une personne de confiance, conservez les coordonnées de la SGI et les relevés dans un endroit accessible. Renseignez-vous aussi sur les règles successorales applicables (elles dépendent du pays et peuvent réserver des surprises).

Les arnaques qui ciblent la diaspora

C’est le point le plus douloureux de ce guide, et le plus utile. La diaspora est une cible privilégiée : capacité d’épargne réelle, attachement au pays, distance qui rend la vérification difficile. Elle tombe très souvent dans ces pièges :

  • Rendement garanti : une promesse de gain fixe sur des actions est un mensonge, sans exception ;

  • Intermédiaire non agréé : vérifiez systématiquement la liste des SGI agréées auprès du régulateur ;

  • Versement sur un compte personnel : les fonds vont sur un compte au nom de la société agréée, jamais sur celui d’un individu ;

  • Urgence artificielle : « l’opération ferme demain » est une technique de vente, pas une information de marché ;

  • Absence de documents : pas de convention de compte, pas d’avis d’opéré, pas de relevé et pas d’investissement

Une fois ces obstacles franchis, le reste du parcours est identique à celui d’un résident : ouvrir le compte, puis passer son premier ordre. Le plus important est de choisir une SGI fiable, bien comprendre les frais applicables et définir une stratégie adaptée à vos objectifs avant d’engager votre épargne.

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