La liquidité : le risque dont on parle le moins à la BRVM
Acheter une action est facile, la revendre l’est moins sans acheteur en face. Pourquoi la liquidité compte-t-elle autant que le rendement avant d’investir ?
La Rédaction ZOOM BOURSE

On parle beaucoup de rendement, un peu de valorisation, presque jamais de liquidité. C’est pourtant elle qui décide si votre plus-value existe vraiment ou seulement sur le papier. Sur un marché de la taille de la BRVM, ce sujet n’est pas un détail technique. Il s'agit d'un risque de premier rang.
Un cours n’est pas un prix de vente
Le cours affiché est le prix de la dernière transaction. Il vous dit à quel niveau un acheteur et un vendeur se sont entendus, pas à quel niveau vous, aujourd’hui, pourrez vendre vos titres. Sur une valeur très échangée, l’écart entre les deux est négligeable. Sur une valeur qui cote une fois par semaine, il peut être considérable.
Poussons le raisonnement : si aucune transaction n’a eu lieu depuis plusieurs séances, le cours affiché n’est plus un prix de marché, c’est un souvenir. Il continue pourtant de valoriser votre portefeuille sur votre relevé, au centime près, avec une précision trompeuse. Un cours affiché ne garantit donc pas que vous pourrez vendre au même prix. Avant de se lancer, il faut apprendre à passer son premier ordre de bourse à la BRVM et à maîtriser les étapes de la transaction.
Comment se mesure la liquidité ?
Pour savoir si une action peut être achetée ou revendue facilement à la BRVM, il ne suffit pas de regarder son cours. Quatre indicateurs permettent d’évaluer sa liquidité et d’anticiper les difficultés éventuelles au moment de passer un ordre :
Le volume échangé : combien de titres changent de main lors d’une séance, et sur la moyenne des dernières semaines ;
La fréquence de cotation : la valeur cote-t-elle tous les jours, ou seulement quand quelqu’un se manifeste ? ;
L’écart offre-demande : la distance entre le meilleur prix vendeur et le meilleur prix acheteur dans le carnet. Plus il est large, plus entrer et sortir coûte cher ;
Le flottant : la part du capital réellement disponible, hors participations stables.
Les trois premiers se lisent sur la cote du jour, y compris sur notre page marché. Le quatrième se lit dans les documents de la société ou de son introduction en bourse.
Les trois pièges concrets
Le cours qui ne bouge pas
Un cours immobile paraît rassurant : « au moins, ça ne baisse pas ». C’est souvent l’inverse. Un titre dont le cours ne bouge pas parce que rien ne s’échange n’est pas stable. Considérez-le simplement comme invisible. Le jour où une transaction se fera, l’ajustement pourra être brutal.
L’ordre au mieux sur un carnet vide
L’ordre au mieux s’exécute au meilleur prix disponible. Encore faut-il qu’il y ait des prix disponibles. Sur une valeur peu échangée, le meilleur prix vendeur peut être très au-dessus du dernier cours, et vous découvrirez le prix payé après coup. Sur ces valeurs, l’ordre de bourse au prix limité n’est pas une préférence mais une protection.
La sortie d’urgence
Le pire moment pour découvrir qu’une valeur est peu liquide est celui où l’on a besoin de l’argent. Une urgence familiale, un projet qui s’accélère, et il faut vendre vite. Sur un titre étroit, « vite » se paie en décote, parfois lourdement.
La liquidité ne se voit pas quand tout va bien. Elle se facture au moment précis où l’on ne peut pas attendre.
Ce que ça change dans un portefeuille
La liquidité influence directement la manière de construire et de gérer un portefeuille à la BRVM. Elle doit donc peser dans vos décisions d’investissement, au même titre que le rendement espéré ou la solidité financière des entreprises :
Ne jamais placer en bourse une épargne dont on peut avoir besoin dans l’année : c’est vrai partout, et impératif ici ;
Dimensionner ses lignes : une position trop grosse par rapport au volume quotidien d’un titre sera difficile à défaire ;
Allonger son horizon : un marché étroit récompense la patience et punit l’aller-retour ;
Accepter de renoncer : une valeur dont le carnet est structurellement vide peut être une bonne société et un mauvais placement pour vous.
Le bon réflexe avant d’acheter
Avant de passer un ordre sur une valeur que vous connaissez mal, regardez le volume des dernières séances. Demandez ensuite à votre SGI l’état du carnet d’ordres au moment de la transmission. Deux minutes de vérification qui évitent des mois de regret.
La liquidité n’est pas une raison de fuir la BRVM. Voyez-la comme une caractéristique du marché régional, à intégrer dans la décision au même titre que le prix.

