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Pourquoi les banques pèsent-elles si lourd à la BRVM ?

Pourquoi les banques dominent-elles la BRVM ? Comprenez ce que ce déséquilibre révèle sur l’économie de l’UEMOA et ses conséquences pour votre portefeuille.

La Rédaction ZOOM BOURSE

4 min de lecture

Forte présence des banques sur la BRVM

Ouvrez la liste des sociétés cotées à la BRVM et parcourez-la lentement. Un nom de banque, puis un autre, puis encore un autre. Le secteur financier est, de très loin, le plus représenté de la cote régionale. Ce déséquilibre n’a rien d’accidentel : il raconte l’économie de la zone, et il conditionne la façon dont un particulier peut bâtir un portefeuille ici.

Un marché à l’image de son économie

Dans l’UEMOA, le financement des entreprises passe massivement par le crédit bancaire. Le marché des actions, lui, reste jeune, et le nombre d’entreprises industrielles ou de services ayant la taille, l’ancienneté et la culture comptable nécessaires pour se coter reste limité.

Les banques, elles, cochent toutes les cases : elles sont grandes, régulées, habituées à publier des comptes normés et déjà surveillées par la Commission bancaire et la BCEAO. Le pas vers la cotation est donc bien plus court pour elles que pour une PME industrielle.

S’y ajoute un phénomène propre à la région : plusieurs groupes bancaires panafricains ont coté séparément leurs filiales nationales. Un même réseau peut ainsi apparaître plusieurs fois à la cote, sous des pays différents. Cette situation gonfle mécaniquement le poids du secteur.

Pourquoi une banque va-t-elle en bourse ?

L’introduction en bourse répond à plusieurs objectifs stratégiques pour un établissement bancaire :

  • Renforcer ses fonds propres : les exigences prudentielles imposent un capital minimum rapporté aux risques portés. La bourse est un moyen de le lever sans s’endetter ;

  • Donner de la liquidité aux actionnaires historiques : un fondateur ou un fonds peut vendre progressivement, à un prix affiché ;

  • Gagner en notoriété et en discipline : une société cotée publie, s’explique et se compare. C'est un signal envoyé aux clients comme aux régulateurs

  • Répondre à une incitation fiscale : dans la zone, les dividendes d’actions cotées supportent un IRVM plus léger que ceux des sociétés non cotées

Trois indicateurs à comprendre avant d’acheter une banque

Analyser une banque ne ressemble pas à analyser un producteur d’huile de palme. Trois chiffres apparaissent dans toutes les publications de résultats, et ce sont ceux qu’il faut savoir lire.

La marge nette d’intérêt

C’est le cœur du métier : l’écart entre ce que la banque perçoit sur ses crédits et ses placements, et ce qu’elle paie pour ses ressources (dépôts et refinancement). Quand les taux directeurs bougent, cette marge bouge, avec un décalage.

Le coût du risque

C’est le montant provisionné pour les crédits qui ne seront peut-être pas remboursés, rapporté aux encours. C’est le poste qui fait basculer un résultat d’une année sur l’autre : une bonne banque n’est pas celle qui prête le plus, c’est celle qui se fait le moins souvent rembourser en retard.

Le ratio de solvabilité

Il rapporte les fonds propres aux risques portés et doit rester au-dessus d’un plancher réglementaire fixé par le régulateur bancaire. Une banque qui navigue trop près de ce plancher a peu de marge pour distribuer un dividende généreux.

On y ajoutera volontiers le coefficient d’exploitation, qui rapporte les charges de fonctionnement au produit net bancaire : c’est le juge de paix de l’efficacité.

La concentration, un vrai risque de portefeuille

Un portefeuille de cinq lignes composé de cinq banques n’est pas un portefeuille diversifié : c’est une seule position, découpée en cinq. Ces établissements réagissent aux mêmes chocs tels que : mouvement des taux, qualité d’une campagne agricole, tension sur la dette souveraine de la zone.

Ce dernier point mérite d’être explicite. Les banques de l’Union détiennent une part importante de titres publics régionaux. Le sort des finances publiques et celui des résultats bancaires sont donc liés bien plus étroitement qu’un épargnant ne l’imagine en achetant « une banque de son pays ».

Diversifier à la BRVM demande un effort conscient : le hasard, ici, conduit tout droit à un portefeuille de banques.

Comment s’en sortir quand même ?

La forte représentation des banques à la BRVM ne signifie pas que votre portefeuille doit être concentré sur ce seul secteur. Plusieurs leviers permettent de diversifier vos placements et de mieux répartir les risques, même lorsque le choix de valeurs reste limité :

  • Aller chercher les autres secteurs : télécommunications, agro-industrie, consommation, distribution pétrolière, services publics existent à la cote, en plus petit nombre ;

  • Sortir de la Côte d’Ivoire : des émetteurs sénégalais, béninois, togolais et burkinabè sont cotés, avec des économies domestiques différentes ;

  • Utiliser le compartiment obligataire : une obligation d’État ne réagit pas comme une action bancaire ;

  • Plafonner le poids d’une ligne : décider à l’avance qu’aucune valeur ne dépassera une part donnée du portefeuille, et s’y tenir.

Le poids du secteur financier n’est pas une anomalie à corriger. Considérez plutôt cela comme une donnée du marché régional, avec laquelle il faut composer. La connaître, c’est déjà éviter la moitié des erreurs de construction de portefeuille. Pour la suite, notre comparaison portant sur les actions ou obligations vous sera d'une grande utilité.

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