Salon de l'Actionnariat 2026 à Cotonou : ce qu'il faut retenir de la 2e édition
Plus de 20 000 milliards FCFA à la BRVM, mais moins de 250 000 comptes-titres : le Salon de l’Actionnariat 2026 a posé le défi de démocratiser l’investissement.
La Rédaction ZOOM BOURSE

La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a dépassé les 20 000 milliards de francs Cfa de capitalisation en août 2026. Un chiffre spectaculaire, mais qui masque un déséquilibre persistant : moins de 250 000 comptes-titres sont ouverts dans une zone UEMOA qui compte 150 millions d'habitants. C'est précisément cet écart entre la taille du marché financier régional et la faiblesse de sa base d'investisseurs individuels, qu'a mis en lumière la 2ᵉ édition du Salon de l'Actionnariat, organisée les 17 et 18 septembre 2026 au Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa.
Co-organisée par UCA SGI et Dimensions Group, la rencontre a réuni régulateurs, dirigeants d'institutions financières, société de gestion et d'intermédiation (SGI) et représentants des pouvoirs publics autour d'un thème sans détour : « Actionnariat et souveraineté financière : mobiliser l'épargne pour accélérer la transformation économique ».
Un choix de lieu qui n'a rien d'anodin
Cotonou n'a pas été retenue par hasard. C'est dans la capitale économique béninoise qu'est né, il y a trente ans, le marché financier régional de l'UEMOA, avec la création simultanée de la BRVM et du Dépositaire central/Banque de règlement. Organiser ce salon à Cotonou revenait donc à replacer le débat sur l'épargne et l'actionnariat à l'endroit même, où l'architecture boursière régionale a pris forme.
Une capitalisation multipliée par plus de vingt en trois décennies
Le chiffre a été martelé dès la cérémonie d'ouverture : partie d'environ 836 milliards de francs Cfa à ses débuts, la capitalisation du marché des actions de la BRVM a franchi les 20 000 milliards de francs Cfa en août 2026. Une progression qui traduit la maturité croissante de la place financière régionale, mais que les intervenants ont refusé de présenter comme une fin en soi.
Le message de cette édition tenait en une phrase, reprise sous une forme ou une autre par plusieurs orateurs : disposer d'un marché financier régional ne suffit plus, il faut désormais élargir sa base d'investisseurs et l'utiliser plus efficacement pour financer la transformation économique.
Autrement dit, la BRVM a gagné en taille ; elle doit maintenant gagner en profondeur.
L'épargne locale, angle mort du financement des entreprises cotées
Pour Fabien Cohovi Hounyovi, administrateur directeur général de la SGI UCA, les économies africaines ne manquent pas de ressources. Il leur faut plutôt d'un canal efficace pour les orienter vers les infrastructures, l'industrie, l'agriculture et les entreprises en croissance. Son constat rejoint celui de nombreux acteurs du secteur : les financements extérieurs sont indispensables, mais ils ne peuvent constituer l'unique levier de développement. Mobiliser l'épargne domestique est devenu, dans ce contexte, un impératif de souveraineté financière autant qu'un enjeu économique.
C'est cette conviction qui a conduit UCA à formuler l'ambition la plus citée du Salon : « Nous voulons faire naître des actionnaires », a résumé son administrateur directeur général, dépassant la simple pédagogie financière pour viser une transformation durable des comportements d'épargne.
BCEAO : de l'inclusion financière à la culture de l'investissement
Représentant le gouverneur de la BCEAO, Emmanuel Assilamehou, directeur national de l'institution au Bénin, a établi un lien direct entre stabilité macroéconomique, inclusion financière et développement de l'actionnariat. Il a rappelé une donnée révélatrice de la trajectoire de l'UEMOA : le taux d'inclusion financière est passé de 47 % en 2016 à plus de 72 % à fin 2023.
Un progrès net, mais qui appelle une étape supplémentaire selon la BCEAO : permettre à ces nouveaux détenteurs de comptes d'investir, directement ou indirectement, dans le capital des entreprises. L'institution mise notamment sur l'éducation financière et sur les fintech pour combler cet écart, à travers plusieurs dispositifs déjà opérationnels :
· Un comité dédié ;
· Un bureau de suivi des acteurs fintech ;
· Un laboratoire d'innovation financière.
AMF-UMOA : le fossé entre argent mobile et actionnariat
L'intervention la plus percutante en matière de données est venue du régulateur. Porté par Sassou Hunzunken, directeur des émetteurs, le message de l'Autorité des marchés financiers de l'UMOA a mis en évidence un contraste saisissant. Les comptes de monnaie électronique dépassent 716 millions dans la région, les comptes-titres (l'instrument d'accès à l'actionnariat) restent inférieurs à 250 000, pour une population régionale d'environ 150 millions d'habitants.
Ce déséquilibre n'est pas présenté comme une fatalité mais comme une opportunité. Le régulateur a cité l'exemple d'une opération réalisée en Côte d'Ivoire, où les particuliers ont représenté plus de la moitié des souscripteurs. C’est la preuve que les investisseurs individuels répondent présents dès lors que les produits sont accessibles et les procédures simplifiées. L'AMF-UMOA plaide pour un triptyque :
· Renforcer l'éducation financière ;
· Fluidifier l'ouverture des comptes-titres ;
· Garantir une information fiable et transparente sur les entreprises cotées et les produits financiers.
La BRVM veut élargir sa base actionnariale au-delà des investisseurs institutionnels
Le directeur général de la BRVM, Dr Edoh Kossi Amenouve, a rappelé les progrès accomplis en matière de capitalisation et de diversification des instruments financiers depuis la création de la Bourse régionale. Son intervention a surtout porté sur l'étape suivante : dépasser la seule sphère des investisseurs institutionnels pour associer plus largement particuliers, salariés, entrepreneurs et diaspora au financement des entreprises et des États.
Cet objectif suppose, selon les échanges du Salon, un renforcement de l'information financière, une simplification de l'accès aux produits d'investissement et l'émergence d'une véritable culture boursière au sein des populations de l'UEMOA. Un tel chantier dépasse largement la seule responsabilité de la BRVM et engage l'ensemble des SGI de la région.
L'UEMOA plaide pour une meilleure orientation des ressources
Représentant résident de l'UEMOA au Bénin, Yawovi Batchassi a resitué le Salon dans une perspective communautaire plus large. Selon lui, la mobilisation de l'épargne régionale ne doit pas se limiter à répondre aux besoins de placement des investisseurs. Elle doit alimenter le financement des infrastructures, des PME et des projets créateurs de valeur et d'emplois. Une manière de rappeler que la question de l'actionnariat populaire s'inscrit dans un objectif plus vaste de transformation économique régionale, porté conjointement par les institutions communautaires, les marchés de capitaux et les acteurs privés.
Lionel Zinsou : sortir l'épargne africaine de sa sous-utilisation
La leçon inaugurale a été confiée à Lionel Zinsou, ancien Premier ministre du Bénin et président du comité scientifique du Salon. Son message a battu en brèche une idée reçue tenace : la Bourse ne serait réservée qu'aux personnes fortunées. Selon lui, l'épargne africaine existe bel et bien. Elle demeure simplement sous-transformée en capital productif.
L'investissement, a-t-il rappelé, peut se faire directement ou via des intermédiaires financiers comme les banques, assurances, plans d'épargne, fonds. Ils permettent à de petites sommes agrégées d'accéder au financement des entreprises et des États. Une comparaison a marqué les esprits : celle entre les placements financiers modernes et les formes traditionnelles d'épargne fondées sur l'acquisition de bétail ou de patrimoine.
Ces deux logiques poursuivent le même objectif : préserver une part du revenu et préparer l'avenir. L’avantage est plus net pour les instruments financiers en matière de liquidité.
Un salon qui pose les bases d'un actionnariat populaire durable
Au-delà des allocutions, le programme a couvert des sujets structurants pour l'avenir du marché financier régional :
· Conditions d'introduction en Bourse des entreprises publiques et privées ;
· Rôle du troisième compartiment de la BRVM dédié aux PME et PMI ;
· Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) ;
· Plans d'épargne entreprise ;
· Finance durable et perception du risque africain.
Une session de rencontres B2B a par ailleurs permis aux professionnels du secteur d'échanger directement sur des projets de financement concrets.
Bassirou Sonko, président directeur général de Dimensions Group et co-organisateur du Salon, a résumé l'enjeu en des termes simples : « L'Afrique ne manque ni d'entrepreneurs, ni d'opportunités, ni de ressources. Le défi consiste à organiser le capital et à l'orienter vers les secteurs productifs. »
Ce qu'il faut retenir pour les investisseurs et les entreprises
Cette deuxième édition confirme un basculement de discours dans l'écosystème financier de l'UEMOA. La question n'est plus de savoir si le marché financier régional existe, mais comment le rendre réellement accessible.
Pour les épargnants, cela se traduit par un accès attendu plus simple aux comptes-titres et aux produits d'investissement. Pour les entreprises, notamment les PME, cela ouvre la perspective d'un financement diversifié via le troisième compartiment de la BRVM.
Pour les SGI et les acteurs de la distribution financière, c'est un appel clair à investir dans l'éducation financière et la digitalisation des parcours d'ouverture de compte. Ces deux leviers ont été identifiés par l'ensemble des intervenants comme condition de la démocratisation de l'actionnariat en Afrique de l'Ouest.



